Les Etats-Unis se retirent de Manta, dernière base américaine en Amérique du Sud

July 17, 2009
Par: Sylvain Biville
Radio France Internationale

Article publié le 17/07/2009 Dernière mise à jour le 18/07/2009 à 10:24 TU
L’armée américaine a commencé vendredi l’évacuation de sa base aérienne de Manta, en Equateur. Ce retrait fait suite à la décision du président équatorien Raphaël Correa de fermer l’installation, considérée par Washington comme stratégique dans la lutte anti-drogue. La fermeture de Manta va contraindre les Etats-Unis à revoir leur présence militaire en Amérique latine.

«Tout homme politique latino-américain qui accepte une base militaire nord-américaine est un traître à son pays, un traître à sa patrie », a lancé jeudi à La Paz le président bolivien Evo Morales, entouré de ses homologues vénézuélien Hugo Chavez et équatorien Rafael Correa. La déclaration de l’un des chefs de file de la gauche radicale latino-américaine vient à point nommé, alors que débute ce vendredi le démantèlement de la base militaire de Manta, sur la côte pacifique de l’Equateur.

A quoi servait la base militaire américaine de Manta ?

Manta était une base stratégique pour les Etats-Unis dans la lutte contre le trafic de drogue. Relativement récente, elle a été créée en 1999. Ce n’est pas une base traditionnelle, du type de celles que les Etats-Unis ont installé en Europe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avec des milliers de soldats stationnés en permanence. Manta est un « poste avancé » – pour reprendre la terminologie du Pentagone –, rattaché au Commandement Sud (USSOUTHCOM), basé à Miami en Floride.

D’une capacité maximale de 400 hommes, Manta servait surtout de piste d’envol et d’atterrissage pour les avions de renseignement américains, chargés de traquer les mouvements de drogue dans la région. Sa position idéale permettait de couvrir aisément les principales zones de production de la cocaïne, en Colombie, au Pérou, et en Bolivie. Il existe deux autres bases du même type dans la région : au Salvador (Amérique centrale) et à Curaçao, île néerlandaise des Caraïbes. Les Etats-Unis estiment que les renseignements recueillis grâce à ces trois « postes avancés » ont permis la saisie de 1 600 tonnes de drogue ces dix dernières années.

Les autorités équatoriennes ont décidé de ne pas renouveler le bail de 10 ans, signé en 1999 entre Washington et Quito, qui expire en novembre 2009. C’était une promesse de campagne de Rafael Correa, avant même son élection à la présidence équatorienne en 2006. Une fois au pouvoir, il en a fait une question de principe, en parlant même de « bouter les ‘gringos’ hors du pays ». Il a même fait inscrire dans la nouvelle Constitution du pays, approuvée par referendum en septembre 2008, l’interdiction de toute présence militaire étrangère permanente sur le sol national.

La fermeture de la base est acquise depuis un an et demi. C’est sa mise en œuvre qui débute aujourd’hui. La fermeture sera définitive en septembre.

Le débat idéologique autour de Manta

La décision de fermer la base américaine de Manta est éminemment politique. Rafaël Correa en a fait une question de souveraineté nationale, en accusant les Etats-Unis d’avoir utilisé la base pour autre chose que la lutte anti-drogue. Il affirme notamment que ce sont des informations recueillies par les avions espions américains de Manta qui ont permis à l’armée colombienne de mener le raid du 1er mars 2008 en territoire équatorien contre les FARC, qui a coûté la vie à Raul Reyes, numéro deux des FARC. « Il ne fait aucun doute que l’armée colombienne a bénéficié de la surveillance aérienne et des radars des avions américains stationnés à Manta », confirme Larry Birns, directeur du Council of Hemispherical Affairs, organisme basé à Washington, spécialisé dans les relations entre les Etats-Unis et l’Amérique latine.

Face aux critiques, les autorités américaines défendent l’utilité de la base de Manta. Ils assurent avoir injecté annuellement, ces dix dernières années, 6,5 millions de dollars dans l’économie locale. Ils vantent le soutien financier apporté à plusieurs organisations caritatives locales, à des écoles et des orphelinats. Plus largement, ils assurent que la base a joué un rôle stratégique dans la lutte contre le trafic de drogue et donc dans la protection des populations de la région, y compris des Equatoriens. « Manta ne menace la souveraineté d’aucun pays », assure l’ambassadeur Jeffrey Davidow, conseiller de Barack Obama pour le sommet des Amériques de Trinidad et Tobago en avril dernier et président de l’Institute of the Americas, basé à La Jolla en Californie.